Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer Ford sans la Mustang. Pourtant, au début des années 1960, rien ne garantissait que cette nouvelle voiture finirait par voir le jour. Quelques années seulement après l’échec de l’Edsel, lancer un modèle entièrement nouveau représentait un pari risqué.
Mais Lee Iacocca, nommé à la tête de la division Ford en 1960, avait identifié une évolution profonde de la société américaine : les enfants du baby-boom arrivaient à l’âge adulte, les foyers possédaient de plus en plus souvent une seconde voiture et les femmes représentaient une part croissante des conducteurs. Ford cherchait le modèle capable de séduire cette nouvelle clientèle.
Une voiture pour une nouvelle génération
Autour de Lee Iacocca, un petit groupe surnommé le Fairlane Committee se réunit discrètement. Son cahier des charges est simple : quatre places, un coffre utilisable, un long capot, un arrière court, de nombreuses possibilités de personnalisation et surtout un prix et un poids contenus.
La future voiture doit rester sous les 2 500 livres (environ 1 134 kg) et sous les 2 500 dollars (environ 24 000 € de 2026 en pouvoir d’achat).
Pour limiter les coûts, cependant, Hal Sperlich défend une idée décisive : utiliser la plateforme et de nombreux composants de la Ford Falcon. Le projet peut ainsi avancer rapidement sans nécessiter le développement d’une automobile entièrement nouvelle.
1962 : la Mustang I pour faire rêver
Pendant ce temps, une autre Ford portant déjà le nom Mustang est en préparation.
Le 7 octobre 1962, Ford présente la Mustang I à Watkins Glen. Cette petite sportive expérimentale ne possède que deux places. La version roulante possède une carrosserie en aluminium, un V4 de 1,5 litre installé en position centrale et ne pèse qu’environ 700 kg.
Dan Gurney la conduit devant le public du Grand Prix des États-Unis. L’effet est spectaculaire : les spectateurs se pressent autour de cette Ford radicalement différente de la production habituelle de la marque.
Mais la Mustang I n’est pas le prototype direct de la Mustang de série. The Henry Ford la décrit comme un projet distinct. Ainsi, Ford l’utilise pour tester certaines solutions techniques et, surtout, pour associer la marque à une image de performance et d’innovation. Elle sera ensuite montrée dans des salons et sur plusieurs campus américains.

Du rêve à une Mustang que Ford peut vendre
Pendant ce temps, le véritable projet de série suit son propre chemin. Durant l’été 1962, Ford organise une compétition entre plusieurs studios de design. Finalement, Ford retient la proposition du Ford Studio, dirigé par Joe Oros et dans laquelle Gale Halderman joue un rôle majeur.
Les proportions qui feront la personnalité de la Mustang sont déjà là : long capot, habitacle rejeté vers l’arrière et coffre court. Ford lui-même considère aujourd’hui Halderman comme le principal designer de la Mustang originelle.
En septembre 1962, Henry Ford II donne son accord. Le programme, encore connu en interne sous le nom de Special Falcon, peut entrer dans sa phase finale.
1963 : la Mustang II dévoile presque la future voiture
Le 5 octobre 1963, Ford revient à Watkins Glen avec la Mustang II.
Cette fois, cependant, il ne s’agit plus d’un roadster expérimental à moteur central. La Mustang II possède quatre places et reprend directement la taille et le style de la future voiture de série. Ford l’utilise comme outil d’étude de marché afin de vérifier la réaction du public avant le lancement définitif.
À quelques détails près, la silhouette que les Américains découvriront quelques mois plus tard est déjà reconnaissable.



1964 : la Mustang devient réalité
À partir du 10 février 1964, l’usine de Dearborn produit les premières Mustang de préproduction. Ford en assemble environ 180 avant de lancer la production régulière le 9 mars.
Cette première Mustang reprend de nombreux éléments techniques de la Falcon. Pourtant, Ford prend soin de lui donner une personnalité très différente. Le six cylindres de 170 ci constitue l’offre de base, tandis que Ford propose plusieurs V8 en option.
Surtout, la Mustang n’est pas vendue comme une sportive figée. Ford propose une multitude de moteurs, transmissions, équipements de confort, couleurs et accessoires. Un client peut commander une voiture relativement économique, tandis qu’un autre peut transformer la même base en modèle beaucoup plus sportif ou luxueux.
C’est l’une des clés de son succès : la Mustang paraît presque faite sur mesure tout en restant produite à grande échelle. Ford avait d’ailleurs constaté durant ses études que des acheteurs jugeant d’abord la voiture peu pratique changeaient d’avis lorsqu’ils découvraient son prix.
Au lancement du printemps 1964, Ford propose la Mustang en hardtop et en cabriolet. Quelques mois plus tard, à la fin de l’été, le fastback 2+2 vient compléter la gamme. Lui aussi appartient officiellement au millésime 1965.
C’est justement cette chronologie particulière qui explique l’appellation « Mustang 64½ ». Elle est utilisée aujourd’hui par les passionnés pour distinguer les Mustang produites et commercialisées entre le printemps et l’été 1964 de celles fabriquées après la traditionnelle transition de millésime. Mais pour Ford, il n’a jamais existé de millésime 1964½ : toutes ces voitures sont officiellement des Mustang 1965.

Douze Mustang avant même l’ouverture de la World’s Fair
Parmi les voitures de préproduction, Ford envoie douze cabriolets à New York pour intégrer le Magic Skyway, l’immense attraction développée par Ford avec Walt Disney pour la New York World’s Fair. Ainsi, dès l’ouverture de l’exposition le 22 avril 1964, elles transporteront les visiteurs à travers le pavillon Ford.
Pour aller plus loin : les Mustang rescapées du Magic Skyway
Plus de soixante ans après la World’s Fair, plusieurs de ces voitures existent encore. Un de nos articles reviend sur leur histoire et notamment sur la Mustang 5F08T383386.
17 avril 1964 : le lancement d’une légende
Ford orchestre l’arrivée de sa nouvelle voiture avec une campagne rarement vue jusque-là. D’abord, Ford diffuse son dossier de presse le 13 avril. Le lendemain, le constructeur présente la Mustang aux journalistes. Enfin, le 16 avril, il diffuse ses publicités en prime time sur les trois grands réseaux de télévision américains.
Le 17 avril, la Mustang arrive officiellement chez les concessionnaires. Son prix de base est fixé à 2 368 dollars (environ 22 100 € de 2026 en pouvoir d’achat).
La réaction dépasse toutes les prévisions. En effet, plus de quatre millions de personnes visitent les showrooms durant le premier week-end et les concessionnaires enregistrent environ 22 000 commandes dès le lancement. Après douze mois, Ford a vendu 418 812 Mustang.
Puis, quelques jours plus tard, le 22 avril, la New York World’s Fair ouvre officiellement ses portes. Au pavillon Ford, les visiteurs peuvent découvrir la Mustang de façon particulièrement originale : assis à bord des cabriolets du Magic Skyway.
Pour aller plus loin
Comment Ford a-t-il transformé la World’s Fair en gigantesque opération de lancement ? Retrouvez bientôt l’histoire complète dans notre article : World’s Fair 1964 : comment Ford et Walt Disney ont lancé la légende de la Mustang.
La naissance de la Mustang en quelques dates
Le projet du Ford Studio s’impose lors de la compétition interne organisée entre les équipes de design.
Le programme qui donnera naissance à la Mustang peut entrer dans sa phase finale.
La petite sportive expérimentale à moteur central est présentée lors du Grand Prix des États-Unis.
Ford présente un concept dont les lignes sont désormais très proches de celles de la future Mustang.
Les premières Mustang sont assemblées à Dearborn pour préparer le lancement.
L’usine de Dearborn commence officiellement la fabrication en série de la Mustang.
Les informations sont libérées pour publication avant la grande présentation organisée pour les journalistes.
Les concessionnaires Ford accueillent une foule immense et les premières commandes affluent.
Les visiteurs du pavillon Ford embarquent notamment à bord des Mustang du Magic Skyway.
Une nouvelle catégorie automobile
La réussite de la Mustang ne repose donc ni sur une seule idée ni sur un unique prototype. En réalité, elle résulte d’études de marché, d’expérimentations, de compromis industriels et d’un travail collectif.
Surtout, Ford avait compris qu’une nouvelle génération voulait une automobile différente : sportive dans son apparence, pratique au quotidien, personnalisable et accessible. La formule sera bientôt imitée par Chevrolet, Pontiac, AMC ou Dodge.
Une nouvelle catégorie venait de naître : le pony car.

FAQ sur les origines de la Ford Mustang
Il n’existe pas un unique « créateur » de la Mustang. Lee Iacocca a porté le projet, tandis que Donald Frey, Hal Sperlich, Joe Oros, Gale Halderman et de nombreux ingénieurs, designers et responsables de Ford ont participé à son développement.
Non. Malgré son nom, la Mustang I était un projet expérimental distinct. Elle a surtout permis à Ford de tester certaines idées et de donner à la marque une image plus sportive.
Les premières voitures de préproduction sont assemblées à partir du 10 février 1964. La production régulière commence le 9 mars 1964.
Le terme est utilisé par les passionnés pour distinguer les toutes premières Mustang commercialisées au printemps 1964. Ford les considérait cependant comme des modèles 1965.
L’origine exacte du nom reste discutée. Certaines sources Ford l’associent au chasseur P-51 Mustang, tandis que The Henry Ford rapporte que l’agence J. Walter Thompson travailla sur plusieurs noms d’animaux et que « Mustang » évoquait les grands espaces, l’Ouest américain et la liberté. Le cheval au galop s’est en tout cas imposé comme emblème de la voiture.
Le prix de base était de 2 368 dollars, soit environ 22 100 € de 2026 en pouvoir d’achat. Les nombreuses options pouvaient toutefois faire rapidement grimper la facture.
