La Mustang II, deuxième génération de la célèbre voiture au cheval galopant vers l’Ouest, est révélée à l’automne 1973 pour le millésime 1974. Ford continue de la présenter comme une pony car. Mais le contexte a radicalement changé. La crise pétrolière vient d’éclater. Les normes de sécurité et d’émissions se durcissent. Le marché américain se détourne progressivement des grosses cylindrées. L’heure n’est plus aux excès, mais à la rationalité.
Ford fait alors un pari risqué mais calculé : adapter la Mustang à son époque, comme en 1964. La Mustang II est produite durant cinq années, de 1974 à 1978. Elle dépasse le million d’exemplaires vendus.
Mustang II : une rupture technique assumée
La Mustang II repose sur la plateforme de la Ford Pinto et emprunte plusieurs composants à la Ford Capri européenne. Ce choix tranche avec la première génération, largement dérivée de la Ford Falcon. Les dimensions sont en forte baisse : la Mustang II est plus courte d’environ 48 cm et plus légère de plus de 200 kg par rapport à la Mustang de 1973.
Elle est proposée en deux carrosseries seulement : hardtop (coupé) et hatchback. Ford fait le choix assumé de ne pas proposer de cabriolet au catalogue officiel, recentrant la Mustang sur l’idée d’un coupé semi-luxueux, compact et moderne.

Mustang II cabriolet : l’anecdote des modèles « clandestins »
En réalité, 44 Mustang II cabriolets ont bien existé. Ils ne sortaient toutefois pas des chaînes de Ford, mais des ateliers d’Emess Coach Builders, un carrossier basé en Floride. Ces conversions restent aujourd’hui parmi les Mustang II les plus rares et les plus recherchées.
Un retour aux sources… dans l’esprit
Si la Mustang II déroute par son gabarit et sa base technique, elle se rapproche pourtant de la Mustang originelle de 1964½. Elle arrive au bon moment, répond à une demande massive de voitures compactes (près de 40 % du marché américain en 1973), affiche un prix contenu et retrouve une certaine sobriété stylistique.
Les moulures latérales proéminentes des dernières Mustang de première génération disparaissent. Elles laissent place à une ligne plus tendue et plus lisible. La Mustang II n’est pas une voiture de performance pure : elle est avant tout une voiture adaptée à son époque.

Mustang II sans V8 : un choix contraint
Lors de son lancement en 1974, la Mustang II est proposée exclusivement avec des moteurs modestes :
- un 4 cylindres en ligne 2,3 litres (140 ci)
- un V6 2,8 litres (171 ci)
Le V8 est absent du catalogue américain, conséquence directe des normes fédérales et de la consommation. Cette absence marque durablement l’image de la Mustang II. C’est à ce jour la seule année pour laquelle le V8 est absent du catalogue… américain !
Car oui, il existe une exception notable : Ford Mexique, qui assemble localement la Mustang II, propose un V8 302 ci à carburateur 2 corps. Cette configuration impose la suppression de la climatisation, peu demandée sur ce marché.
À partir de 1975, Ford réorganise le compartiment moteur. L’objectif est de réintroduire le V8 aux États-Unis tout en conservant la climatisation. Ce 5,0 litres (302 ci) développe environ 140 chevaux avec une boîte automatique C4. Sur le papier, les chiffres sont modestes, mais ce V8 s’avère fiable, coupleux et particulièrement apprécié aujourd’hui pour les préparations.
Les différentes versions de Mustang II
Sur ses quatre années de production, la Mustang II se décline en une multitude de finitions et d’appellations :
- Hardtop : modèle de base 2+2, aussi appelé coupé standard
- Ghia : modèle dérivé du hardtop, orientée luxe, reconnaissable à son toit vinyle
- Hatchback : équivalent moderne du fastback ou sportsroof
- Mach 1 : modèle dérivé du hatchback, finition sportive, principalement esthétique
- Cobra II : modèle dérivé du hatchback, package visuel inspiré de la compétition
- King Cobra : modèle dérivé du hatchback, version ultime de 1978, exclusivement esthétique
Cobra II et King Cobra : le style avant la performance
Contrairement à une idée répandue, les Cobra II ne sont pas de véritables versions hautes performances. Introduites à partir de 1976, elles se distinguent avant tout par leur présentation : bandes décoratives, spoilers, prises d’air factices et logos Cobra omniprésents.
Mécaniquement, les Cobra II n’offrent pas d’améliorations significatives par rapport aux autres Mustang II. Elles peuvent être équipées du V8 302 ci, mais sans gain notable de puissance. Ford mise alors sur l’image et le style, à défaut de pouvoir proposer une vraie sportive.
La King Cobra, lancée en 1978, pousse ce concept à son paroxysme avec un spectaculaire graphisme de cobra sur le capot. Elle symbolise à elle seule les excès stylistiques de la fin des années 1970, tout en restant aujourd’hui l’une des Mustang II les plus emblématiques.

Mustang II Monroe Handler : une vision alternative
La Mustang II Monroe Handler incarne une autre facette de la Mustang II. Issue d’un projet spécial de la fin des années 1970, elle met en avant une suspension retravaillée, un style radical et une approche clairement orientée performance. Produite en très petite série via des kits spécifiques, elle est devenue un symbole du potentiel souvent sous-estimé de la Mustang II auprès des passionnés.
Une génération incomprise mais essentielle
Longtemps moquée, souvent rejetée par les “puristes”, la Mustang II reste pourtant un immense succès commercial. Elle permet à Ford de maintenir en vie le nom Mustang dans une période particulièrement hostile aux voitures sportives.
Élue Motor Trend Car of the Year en 1974, elle prouve que le public a compris la démarche de Ford, même si l’histoire l’a ensuite jugée sévèrement. Entre 1973 et 1978, plus de 1,1 million de Mustang II sont produites.
Avec le recul, nombreux sont ceux qui estiment que sans la Mustang II, la Mustang telle que nous la connaissons aujourd’hui n’existerait peut-être plus. Elle n’est pas la plus rapide, ni la plus charismatique, mais elle a joué un rôle clé dans la survie du mythe. Personnellement, j’ai vraiment apprécié en posséder une par le passé.

La Mustang II aujourd’hui : regard moderne sur une Mustang controversée
De nos jours, la majorité des Mustang II visibles sur la route sont largement modifiées. Swaps moteur, trains roulants modernisés, préparations restomod. Les exemplaires strictement d’origine deviennent rares, ce qui contribue progressivement à une relecture plus indulgente de cette génération.
La Mustang II n’est peut-être pas la Mustang que l’on rêvait d’avoir en poster, mais elle reste une Mustang à part entière. Controversée, imparfaite, profondément ancrée dans son époque — et c’est précisément pour cela qu’elle mérite qu’on s’y attarde.