Peu de voitures de cinéma peuvent se vanter d’avoir marqué plusieurs générations de passionnés. Pourtant, la Bullitt 559 fait partie de ce cercle très fermé. C’est elle qui apparaît aux côtés de Steve McQueen dans la plupart des scènes du film Bullitt (1968), notamment lors de la légendaire course-poursuite dans les rues de San Francisco face à une Dodge Charger R/T noire. Plus de cinquante ans après la sortie du film, cette séquence reste une référence incontournable du cinéma automobile.
Une course-poursuite entrée dans la légende
Contrairement à une idée largement répandue, deux Ford Mustang GT Fastback 390 identiques ont été préparées pour le tournage par le pilote et préparateur Max Balchowsky. La première, portant le numéro de série 8R02S125559, est la Hero Car, utilisée pour les plans avec Steve McQueen et les scènes ne nécessitant pas de cascades importantes. La seconde, 8R02S125558, est quant à elle la Stunt Car, destinée aux scènes les plus spectaculaires et aux prises de vues les plus exigeantes.
Les deux voitures ont connu des destins radicalement différents. Si la Bullitt 558 a disparu pendant de longues années avant d’être retrouvée au Mexique, la Bullitt 559 est restée entre les mains de quelques propriétaires passionnés qui ont tout fait pour préserver son histoire. Refusant les offres de collectionneurs, de producteurs hollywoodiens et même de Steve McQueen lui-même, ils ont permis à cette Mustang exceptionnelle de traverser les décennies dans un état remarquablement authentique.
Dans cet article, je vous propose de retracer le parcours fascinant de la Bullitt 559, depuis sa préparation pour le tournage jusqu’à sa vente record aux enchères en 2020, qui l’a définitivement consacrée comme l’une des voitures de cinéma les plus célèbres — et les plus précieuses — au monde.
Remerciements
Une grande partie des informations historiques présentées dans cet article provient du remarquable travail réalisé par Brad Bowling, journaliste et historien automobile américain. Pendant près de trente ans, il a enquêté sur le parcours de la Mustang Bullitt 559, retrouvé ses propriétaires successifs et contribué à révéler au public l’existence de cette voiture exceptionnelle. Son travail constitue aujourd’hui l’une des sources les plus complètes consacrées à la Hero Car du film Bullitt.

Deux Mustang pour un film devenu culte
Lorsque le tournage de Bullitt débute en 1968, personne ne conçoit que la course-poursuite imaginée par le réalisateur Peter Yates deviendra l’une des scènes les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Pendant plus de dix minutes, Steve McQueen, dans le rôle du lieutenant Frank Bullitt, lance sa Ford Mustang à travers les rues escarpées de San Francisco, poursuivant une Dodge Charger R/T conduite par deux tueurs à gages.
Pour obtenir un rendu réaliste, la production fait appel à Max Balchowsky, pilote, préparateur et constructeur automobile réputé dans le milieu de la compétition. Sa mission consiste à préparer deux Ford Mustang GT Fastback 390 de 1968, toutes deux peintes dans la discrète teinte Highland Green, équipées du pack GT et animées par le puissant V8 390 cubic inches à carburateur quatre corps.
Extérieurement, les deux voitures sont pratiquement impossibles à distinguer. Pourtant, chacune reçoit un rôle bien précis pendant le tournage.
Hero Car ou Stunt Car ?
Au cinéma, une Hero Car est la voiture principale utilisée pour les scènes avec les acteurs, les gros plans et les plans de dialogue. À l’inverse, une Stunt Car est destinée aux cascades, aux sauts et aux séquences les plus éprouvantes. Il est fréquent qu’une même production utilise plusieurs exemplaires d’un véhicule afin de préserver la voiture principale.
Deux voitures, deux destins
La Bullitt 559 (VIN 8R02S125559) est la Hero Car. C’est elle que l’on aperçoit dans la majorité des scènes où Steve McQueen est au volant. Après le tournage, elle poursuit une existence relativement discrète, passant de propriétaire en propriétaire sans jamais quitter les États-Unis.
La Bullitt 558 (VIN 8R02S125558) connaît, elle, un destin beaucoup plus chaotique. Utilisée pour les cascades les plus violentes, elle est fortement endommagée durant le tournage. Promise à la casse, elle échappe pourtant à la destruction avant de disparaître pendant plusieurs décennies, jusqu’à sa redécouverte au Mexique.
Si les deux Mustang sont aujourd’hui indissociables de la légende de Bullitt, leurs parcours racontent finalement deux facettes complémentaires d’un même mythe : l’une est devenue une véritable icône du cinéma, tandis que l’autre a longtemps alimenté les rumeurs et les recherches des passionnés du monde entier.

La Bullitt 559 : naissance d’une légende
Une préparation spécifique pour le tournage
Avant même que les caméras ne commencent à tourner, la Bullitt 559 reçoit plusieurs modifications. Ces dernières sont destinées à répondre aux exigences du tournage. Si elle est à l’origine une Ford Mustang GT Fastback 390 tout à fait classique, Max Balchowsky et son équipe procèdent à quelques adaptations. Celles-ci sont nécessaires pour de supporter les contraintes d’une course-poursuite particulièrement éprouvante.
Parmi les évolutions connues figurent notamment l’installation d’un pont arrière au rapport de 4.10:1, d’un embrayage Borg-Warner renforcé, d’un support moteur de forte capacité ainsi que d’un volant Shelby. Le volant est un détail anodin, mais il offre une meilleure prise en main lors des scènes les plus exigeantes. Comme la Stunt Car, la Hero Car est également débarrassée de certains éléments d’insonorisation. Cela permet notamment aux ingénieurs sons de mieux capter la sonorité du V8 pendant le tournage.
Ces modifications peuvent sembler modestes. Et pourtant, elles participent à rendre la Mustang plus adaptée aux nombreuses prises répétées dans les rues vallonnées de San Francisco. Les moteurs y sont mis à rude épreuve et les freinages s’enchaînent à vive allure.
Les réparations chez Precision Auto Body
Après le tournage, en novembre 1968, la Bullitt 559 est confiée à Precision Auto Body, sur Hollywood Boulevard, Los Angeles. Une facture datée du 27 novembre 1968 témoigne des réparations réalisées après plusieurs semaines d’utilisation intensive. Plus de 920 dollars de travaux sont alors engagés, une somme importante pour l’époque.
La liste des interventions mentionne notamment le remplacement de la grille avant, de son entourage, de l’antenne ainsi que la remise en état des pare-chocs avant et arrière. D’autres réparations apparaissent également sur la facture. Malheureusement, l’écriture manuscrite est aujourd’hui trop difficile à déchiffrer pour en connaître le détail.
Une simple Mustang… pour le moment
Une fois remise en état, la Mustang retrouve une apparence presque ordinaire. Rien ne laisse alors présager que cette voiture, utilisée quelques semaines seulement pour un film policier, deviendra un jour l’une des automobiles les plus célèbres de l’histoire du cinéma.

Robert Ross, le premier propriétaire après le tournage
Une vente presque ordinaire
Une fois les réparations terminées, la Bullitt 559 est revendue par la Warner Bros. à Robert M. Ross, un employé du studio. À cette époque, personne ne considère encore cette Mustang comme une pièce de collection. Il s’agit simplement d’une voiture de cinéma ayant terminé sa carrière sur les plateaux de tournage.
Les souvenirs de Bill Norton
Très discret, Robert Ross refuse de se prêter à une interview. Échaudé par plusieurs expériences avec des journalistes, il préfère préserver sa vie privée. Il accepte néanmoins d’orienter Brad Bowling vers une personne qui connaît particulièrement bien la Mustang : Bill Norton. Ce dernier est propriétaire de la concession Valley Ford Mustang à North Hollywood. C’est aussi l’un des rares à avoir eu l’occasion de conduire régulièrement la Hero Car.
Les souvenirs de Bill Norton dressent un portrait étonnamment vivant de la Bullitt 559. Il se rappelle d’une voiture particulièrement agréable à conduire, dotée d’un moteur très puissant, mais également extrêmement bruyante. Les matériaux d’insonorisation ayant été retirés pour les besoins du tournage, le grondement du V8 envahissait littéralement l’habitacle. Il explique que ça donnait à la voiture un caractère encore plus sauvage que celui d’une Mustang GT de série.
Une voiture déjà différente des autres
Bill se souvient également d’un détail particulièrement intéressant. Lors de l’achat de la voiture, Robert Ross avait récupéré une caisse contenant plusieurs pièces d’origine retirées pour les besoins du tournage. On y retrouvait notamment les projecteurs additionnels du pack GT installés dans la calandre. Ces éléments n’accompagneront malheureusement pas la Mustang lors de sa revente quelques années plus tard.
Sans le savoir, Robert Ross devient ainsi le premier gardien de l’une des voitures de cinéma les plus célèbres au monde. À cette époque pourtant, la Bullitt 559 n’est encore qu’une Mustang d’occasion parmi tant d’autres. Elle est bien loin de la valeur historique qu’on lui reconnaît aujourd’hui.

Frank Marranca fait traverser les États-Unis à la Bullitt
Un policier passionné de Mustang
En 1970, la Bullitt 559 change une nouvelle fois de propriétaire. Elle est achetée par Frank Marranca, un détective de police installé dans le New Jersey. Passionné d’automobile, il apprend que la célèbre Mustang est à vendre grâce à son beau-père, employé chez CBS. Ce dernier parvient à obtenir les coordonnées de Robert Ross.
Frank n’hésite pas longtemps. Il débourse 6 000 dollars pour acquérir celle qui n’est encore, aux yeux de beaucoup, qu’une Mustang d’occasion ayant participé à un film. Le 10 novembre 1970, la voiture quitte la Californie à bord d’un train en direction de la côte Est. Après plusieurs semaines de voyage, elle arrive à Staten Island, dans l’État de New York. Frank en prend possession le 4 décembre 1970.
La Hero Car traverse ainsi les États-Unis d’ouest en est, un voyage qui marque le début d’un nouveau chapitre de son histoire.

Les derniers souvenirs du tournage
À première vue, la Mustang est en excellent état. Son faible kilométrage impressionne Frank, qui découvre rapidement qu’elle affiche à peine 19 000 miles au compteur. Quelques détails attirent toutefois son attention. En effet, certaines pièces ont disparu au fil des années, notamment le pommeau du levier de vitesses, probablement dérobé avant la vente.
Mais la découverte la plus étonnante se trouve sur le tableau de bord. Un morceau de ruban adhésif est toujours collé à proximité du compte-tours. On peut y lire, inscrit au stylo : « LITTLE PIECES », accompagné d’une flèche pointant entre 7 000 et 8 000 tr/min.
Intrigué, Frank contacte Robert Ross pour connaître la signification de cette étrange annotation. Celui-ci lui explique que Max Balchowsky avait apposé cette inscription pendant le tournage. Elle avait vocation à rappeler aux pilotes qu’au-delà de ce régime moteur, le V8 risquait de finir… en « petits morceaux ». Une recommandation à la fois humoristique et très sérieuse, compte tenu des contraintes imposées aux mécaniques pendant les scènes de poursuite.

Une Mustang utilisée mais soigneusement préservée
Durant les quatre années où il possède la Bullitt 559, Marranca profite pleinement de sa Mustang tout en la préservant. Il lui apporte seulement quelques modifications réversibles, parmi lesquelles l’installation d’un levier de vitesses Hurst à quatre rapports et d’un coupe-circuit dissimulé derrière le cendrier, destiné à renforcer la sécurité contre le vol.
En 1974, un nouveau projet automobile l’amène pourtant à se séparer de la Bullitt. Désireux d’acheter une Chevrolet Vega Kammback, il publie une annonce dans le magazine Road & Track.
Une seule personne répond à cette annonce. Frank revend la Mustang 6 000 dollars, exactement le prix qu’il l’avait lui-même payée quatre ans plus tôt. Avec la voiture, il remet une grande partie de la documentation accumulée au fil des années, ainsi que les plaques d’immatriculation californiennes. En revanche, il conserve précieusement la lettre manuscrite et les recommandations que Robert Ross lui avait remises lors de la vente. Ces derniers documents sont aujourd’hui portés disparus.

Robert Kiernan, le gardien de la Hero Car
Un achat qui va changer une vie
En octobre 1974, la Bullitt 559 trouve son troisième propriétaire. Âgé de seulement 24 ans, Robert Kiernan répond à l’annonce publiée par Frank Marranca dans Road & Track et achète la Mustang pour 6 000 dollars.
Des années plus tard, lorsque Brad Bowling parvient à le retrouver, Robert accepte de raconter une partie de son histoire, à condition que son anonymat soit préservé. Nous savons aujourd’hui qu’il travaillait alors dans le secteur des assurances et qu’il n’était pas particulièrement passionné par les Mustang. Ce qui l’avait convaincu d’acheter cette voiture tenait davantage à son histoire qu’à son modèle : pour un prix raisonnable, il devenait propriétaire de la véritable Mustang conduite par une star de cinéma.
Une voiture de tous les jours
Entre 1974 et 1980, la Bullitt 559 mène une existence étonnamment ordinaire. Robert l’utilise comme voiture quotidienne et son épouse, enseignante, s’en sert régulièrement pour se rendre à l’école où elle travaille.
Au cours de cette période, la Mustang connaît même un accident. À la suite d’un tête-à-queue, elle termine sa course contre un arbre. Heureusement, les dégâts restent réparables et la voiture est confiée à un garage de Summit, dans le New Jersey, avant de reprendre la route.
En 1980, un changement professionnel conduit la famille Kiernan à quitter le New Jersey. Plutôt que de vendre la Mustang, Robert choisit de la conserver. Elle est alors remisée dans le garage d’un membre de la famille, où elle restera plusieurs années à l’abri des regards.

Une promesse faite à son fils
Au fil des années, Robert développe un attachement profond pour la Bullitt 559. Plus qu’une simple voiture de collection, elle devient un véritable héritage familial.
Malgré l’intérêt grandissant qu’elle suscite auprès des passionnés et des collectionneurs, il refuse systématiquement de s’en séparer. Son souhait est simple : transmettre un jour la Mustang à son fils Sean, afin qu’ils puissent la restaurer ensemble.
Cette promesse guidera toutes les décisions de Robert pendant près de quarante ans et expliquera pourquoi la Bullitt 559 restera aussi longtemps cachée du grand public.

Même Steve McQueen n’a pas réussi à la racheter
Un appel inattendu
Selon le témoignage de Sean Kiernan, quelques jours après avoir obtenu les coordonnées de son père auprès de Frank Marranca, Steve McQueen téléphone directement à Robert Kiernan. L’acteur s’enquiert de l’état de la Mustang, demande si elle est toujours dans sa configuration d’origine et fait savoir qu’il souhaiterait la récupérer.
Steve McQueen propose même de remplacer la voiture par une autre Mustang similaire, à condition que la transaction reste raisonnable. Pour l’acteur, il ne s’agit pas d’acquérir une simple voiture de collection : il souhaite retrouver celle avec laquelle il a partagé tant de journées de tournage dans les rues de San Francisco.
Une lettre restée sans réponse
Face au refus poli de Robert Kiernan, Steve McQueen ne renonce pas immédiatement. Quelques jours plus tard, il lui adresse une lettre sur papier à en-tête de sa société de production, Solar Productions.
Dans ce courrier devenu célèbre, l’acteur renouvelle sa demande avec beaucoup de simplicité. Il explique qu’il aimerait vraiment récupérer “sa” Mustang et se dit prêt à trouver un arrangement si cela ne représente pas une dépense déraisonnable. À défaut, conclut-il avec élégance, il vaut sans doute mieux en rester là.
Robert Kiernan choisit de ne jamais répondre à cette lettre.
Avec le recul, cette décision peut surprendre. Pourtant, elle illustre parfaitement la relation particulière qu’il entretenait déjà avec la Bullitt 559. En seulement quelques années, cette Mustang n’était plus un simple objet de collection : elle faisait désormais partie de l’histoire de sa famille.
Les années de silence
Au début des années 1980, l’embrayage de la Mustang rend l’âme. La voiture est remisée dans un garage familial avec l’idée d’être remise en état plus tard. Comme cela arrive souvent, les projets, le travail et la vie de famille repoussent sans cesse cette restauration.
Pendant ce temps, la Bullitt 559 disparaît progressivement des radars. Quelques passionnés continuent de rechercher la Mustang originale du film, mais personne ne sait réellement où elle se trouve. Les rumeurs se multiplient, certains la pensent détruite, d’autres imaginent qu’elle dort dans une collection privée.

La partie qui suit est une mise à jour de juillet 2026
Sean Kiernan perpétue le rêve de son père
Une promesse à tenir
Au début des années 2000, Robert Kiernan est désormais à la retraite. L’idée de remettre la Bullitt 559 en état avec son fils Sean devient enfin un projet concret. Père et fils imaginent redonner vie à la Mustang tout en conservant son authenticité.
Mais la vie en décide autrement. Sean fonde sa famille et accueille son premier enfant. Robert, quant à lui, apprend qu’il est atteint de la maladie de Parkinson. Les priorités changent. La restauration est une nouvelle fois repoussée.
Lorsque Robert Kiernan disparaît en 2014, Sean devient le quatrième propriétaire de la Bullitt 559. Pendant quarante ans, son père a refusé toutes les sollicitations afin de conserver la Mustang au sein de sa famille. Sean entend respecter cette volonté.
De l’ombre à la lumière
Pendant plusieurs décennies, la Hero Car est restée volontairement cachée. Cette discrétion n’avait rien d’une stratégie destinée à faire monter sa valeur. Elle traduisait simplement le souhait de Robert Kiernan de protéger la vie privée de sa famille et de préserver la voiture des convoitises.
Au fil des années pourtant, Sean prend conscience que la Bullitt 559 dépasse désormais le cadre familial. Elle est devenue un véritable morceau d’histoire du cinéma et du patrimoine automobile américain.
Accompagné par Ford et quelques proches ayant connaissance de son existence, il décide alors que le moment est venu de dévoiler la voiture au public. Après plus de quarante ans passés loin des projecteurs, la Hero Car s’apprête à retrouver la lumière.

Le grand retour de la Bullitt 559
Une apparition tenue secrète
Le 14 janvier 2018, à l’occasion du Salon de Detroit, Ford présente la nouvelle Mustang Bullitt 2019. Jusqu’au dernier moment, tout laisse penser que cette édition anniversaire sera la seule vedette de la présentation.
Mais après la révélation du nouveau modèle, Sean Kiernan rejoint la scène au volant d’une autre Mustang. Les spectateurs découvrent alors avec surprise la véritable Hero Car du film Bullitt, disparue des regards depuis près de quarante ans.
L’émotion est palpable. Pour la première fois depuis la fin du tournage en 1968, la Bullitt 559 est officiellement présentée au public.
La rencontre de deux générations
Sur scène, la Mustang de 1968 côtoie la nouvelle Mustang Bullitt 2019. Les deux voitures symbolisent à elles seules un demi-siècle d’histoire automobile.
Sean Kiernan explique alors pourquoi sa famille a choisi de conserver le secret pendant toutes ces années. Son père souhaitait avant tout préserver cette voiture exceptionnelle et la transmettre aux générations suivantes. La présenter au public constitue une manière d’honorer sa mémoire, tout en partageant enfin son histoire avec les passionnés.
Quelques jours plus tard, la Hero Car rejoint le National Historic Vehicle Register, un programme destiné à préserver les véhicules les plus emblématiques de l’histoire américaine. Son histoire est également documentée par la Bibliothèque du Congrès, consacrant définitivement son importance dans le patrimoine automobile des États-Unis.
Une icône retrouvée
La réapparition de la Bullitt 559 fait rapidement le tour du monde. Après des décennies de rumeurs et de spéculations, les passionnés découvrent enfin que la véritable Hero Car a été soigneusement préservée, dans un état largement conforme à celui dans lequel elle avait quitté les plateaux de tournage.
Cette présentation marque également un tournant dans l’histoire de la Mustang. Longtemps connue des seuls spécialistes de Bullitt, la 559 devient désormais une véritable icône de la culture populaire, reconnue bien au-delà du cercle des collectionneurs de Mustang.

Une vente record qui entre dans l’histoire
Kissimmee 2020 : le grand rendez-vous
Deux ans après sa réapparition au Salon de Detroit, Sean Kiernan prend une décision difficile. Il met la Bullitt 559 en vente. La Hero Car est confiée à la maison de ventes Mecum Auctions, qui l’inscrit à sa prestigieuse vente de Kissimmee, en Floride, organisée en janvier 2020.
L’annonce suscite immédiatement un immense intérêt. Depuis sa présentation en 2018, la Bullitt 559 est redevenue l’une des voitures les plus célèbres au monde. Son authenticité ne fait désormais plus aucun doute et son histoire est parfaitement documentée.
Pendant plusieurs jours, des milliers de visiteurs viennent admirer la Bullitt 559 exposée sur le stand de Mecum. Malgré sa peinture patinée et ses nombreuses marques d’usage, la voiture est restée remarquablement authentique. C’est précisément cet état de conservation qui séduit les collectionneurs.
Une enchère historique
Le 10 janvier 2020, la Bullitt 559 entre en scène devant une salle comble.
Les enchères s’envolent rapidement, témoignant de l’intérêt exceptionnel suscité par cette voiture hors normes. Après plusieurs minutes d’une intense bataille entre acheteurs, le marteau tombe. Le montant annoncé est de 3,4 millions de dollars, soit 3,74 millions de dollars une fois les frais inclus.
À cet instant, la Bullitt 559 devient la Mustang la plus chère jamais vendue aux enchères. Au-delà du record, cette adjudication consacre définitivement son statut d’icône du cinéma et de l’automobile américaine.
Le dernier chapitre d’une histoire familiale
Pour Sean Kiernan, cette vente marque la fin d’une aventure commencée près d’un demi-siècle plus tôt avec son père Robert.
Pendant quarante-six ans, la famille Kiernan aura préservé la Hero Car, refusant les nombreuses sollicitations de collectionneurs, de producteurs de cinéma et même de Steve McQueen lui-même. Sans cette fidélité, il est probable que la Bullitt 559 n’aurait jamais traversé les décennies dans un état aussi authentique.
Le nom du nouveau propriétaire n’a jamais été rendu public. Une discrétion finalement fidèle à l’histoire de cette Mustang, qui aura passé la plus grande partie de son existence loin des projecteurs avant de retrouver, le temps d’une vente historique, la lumière qui avait fait sa renommée.

Little Pieces : le prochain chapitre de l’histoire
L’histoire de la Bullitt 559 ne s’est pas arrêtée avec sa vente record chez Mecum en 2020. Depuis plusieurs années, Sean Kiernan participe au développement d’un documentaire intitulé Little Pieces, consacré à l’incroyable destin de la Hero Car de Bullitt.
Le titre fait directement référence à la célèbre inscription « LITTLE PIECES », laissée sur le compte-tours pendant le tournage pour rappeler aux pilotes qu’au-delà de 7 000 tr/min, le V8 risquait de finir… en petits morceaux. Une anecdote devenue l’un des symboles de cette Mustang hors du commun.
Le documentaire ambitionne de raconter bien plus que l’histoire d’une voiture de cinéma. À travers les témoignages de Sean Kiernan, des proches de la famille et de nombreux passionnés, il revient sur les décennies durant lesquelles la Bullitt 559 est restée cachée, avant sa réapparition en 2018 et sa vente historique deux ans plus tard.
Le journaliste et historien Brad Bowling, dont les recherches ont largement contribué à reconstituer le parcours de la Bullitt 559, participe également au projet. Il explique d’ailleurs que les archives et les témoignages réunis pour le documentaire vont bien au-delà de ce qu’il avait pu publier dans ses propres travaux, laissant entrevoir de nombreuses anecdotes encore inédites.
À l’heure où j’écris ces lignes, Little Pieces est toujours en cours de finalisation. Une chose est néanmoins certaine : plus d’un demi-siècle après le tournage de Bullitt, la Hero Car continue d’écrire son histoire et de fasciner les passionnés du monde entier.
Biographie de Bullitt 559
| Année | Événement |
|---|---|
| 1968 | Construction de la Bullitt 559 et tournage de Bullitt |
| 1968 | Achat par Robert Ross |
| 1970 | Frank Marranca devient propriétaire |
| 1974 | Robert Kiernan achète la Hero Car |
| 1977 | Steve McQueen tente de la racheter |
| 2014 | Sean Kiernan hérite de la Mustang |
| 2018 | Réapparition au Salon de Detroit |
| 2020 | Vente record chez Mecum |
Conclusion
Lorsque Steve McQueen sillonnait les rues de San Francisco au volant de cette Mustang Highland Green en 1968, personne n’aurait pu imaginer le destin qui attendait la Bullitt 559. Après le tournage, elle aurait pu disparaître, être transformée ou simplement finir à la casse. Il n’en a rien été.
Grâce à Robert Ross, Frank Marranca, Robert puis Sean Kiernan, la Hero Car a traversé plus d’un demi-siècle sans perdre son identité. Chacun de ses propriétaires a écrit un chapitre de son histoire, souvent sans mesurer l’importance que cette Mustang prendrait au fil des décennies.
Sa réapparition en 2018, puis sa vente record chez Mecum en 2020, ont définitivement consacré la Bullitt 559 comme l’une des voitures de cinéma les plus emblématiques de tous les temps. Plus qu’une simple Mustang, elle est aujourd’hui un témoin privilégié de l’histoire du cinéma américain et de la passion qu’une automobile peut susciter pendant plusieurs générations.
Et pourtant, l’histoire n’est sans doute pas terminée. Avec le documentaire Little Pieces en préparation et l’intérêt toujours intact que suscite la Hero Car auprès des passionnés, la Bullitt 559 continue de faire vivre la légende de Bullitt, plus de cinquante ans après la sortie du film.

Vous découvrez l’univers de Bullitt ?
Cet article est consacré à la Mustang 8R02S125559 utilisée dans le tournage du film Bullitt. Si vous souhaitez revenir aux origines du mythe, découvrir les Mustang du tournage, les éditions spéciales Ford et l’héritage laissé par Steve McQueen, je vous recommande de lire mon dossier complet :
FAQ – Bullitt 559
Deux Ford Mustang GT fastback 390 de 1968 ont été préparées pour le tournage de Bullitt. La première, la Bullitt 559 (VIN 8R02S125559), est la Hero Car utilisée dans la majorité des scènes avec Steve McQueen. La seconde, la Bullitt 558 (VIN 8R02S125558), est la Stunt Car, réservée aux cascades et aux scènes les plus éprouvantes. Bien que presque identiques à l’origine, ces deux Mustang ont connu des destins totalement différents après le tournage.
Au cinéma, une Hero Car est le véhicule principal utilisé pour les scènes avec les acteurs, les gros plans et les séquences les plus importantes. Elle est généralement mieux préservée que les voitures destinées aux cascades. Dans Bullitt, la Hero Car correspond à la Bullitt 559, conduite par Steve McQueen dans la plupart des scènes. À l’inverse, la Bullitt 558 était la Stunt Car, utilisée pour les sauts, les freinages violents et les prises les plus spectaculaires.
La principale différence réside dans leur utilisation pendant le tournage. La Bullitt 559 servait aux scènes mettant en valeur Steve McQueen et les plans rapprochés, tandis que la Bullitt 558 était réservée aux cascades. Après le film, leurs histoires ont également divergé : la 559 est restée dans la même famille pendant près de quarante-six ans avant d’être vendue aux enchères en 2020, alors que la 558 a disparu pendant plusieurs décennies avant d’être retrouvée au Mexique.
Non, Steve McQueen n’a jamais été le propriétaire personnel de la Bullitt 559. La Mustang a été achetée pour la production du film Bullitt (1968), réalisée par la société Solar Productions de Steve McQueen en collaboration avec Warner Bros., puis elle a été revendue après le tournage à Robert Ross, un employé de Warner Bros.
En revanche, l’acteur est toujours resté très attaché à cette voiture. En 1977, après avoir retrouvé sa trace, il tente de la récupérer auprès de son propriétaire Robert Kiernan. Après un premier contact, il lui adresse une lettre pour lui proposer de la racheter ou de trouver un arrangement. Robert Kiernan refuse toutefois de s’en séparer, souhaitant conserver la Mustang dans sa famille.
Contrairement à une idée reçue, la Bullitt 559 n’a pas été cachée pour entretenir le mystère ou faire monter sa valeur. Robert Kiernan souhaitait avant tout préserver la tranquillité de sa famille et conserver la voiture en vue de la restaurer avec son fils Sean. Ce choix explique pourquoi la Hero Car est restée à l’écart des expositions et des médias jusqu’à sa réapparition officielle au Salon de Detroit en 2018.
La Bullitt 559 a été vendue le 10 janvier 2020 par Mecum Auctions, lors de la vente de Kissimmee en Floride. L’enchère s’est conclue à 3,4 millions de dollars, soit 3,74 millions de dollars frais inclus. À cette date, elle devient la Mustang la plus chère jamais vendue aux enchères, confirmant son statut d’icône du cinéma et de l’automobile.
Oui, en grande partie. Au fil de son histoire, la Mustang a naturellement fait l’objet de réparations et de quelques modifications mineures, notamment lorsqu’elle appartenait à Frank Marranca. Toutefois, la famille Kiernan a toujours privilégié la conservation de son authenticité plutôt qu’une restauration complète. Sa peinture patinée, son habitacle et de nombreux éléments mécaniques témoignent encore aujourd’hui de son utilisation pendant le tournage de Bullitt.
Depuis sa vente chez Mecum Auctions en janvier 2020, l’identité de son nouveau propriétaire n’a jamais été rendue publique. La localisation actuelle de la Bullitt 559 reste donc inconnue. Cette discrétion s’inscrit dans la continuité de son histoire : pendant plusieurs décennies, la Hero Car est restée à l’abri des regards avant de réapparaître brièvement en 2018 puis lors de sa vente historique en 2020.